Emission le 24 septembre 2016 sur radio Vosstanie

LA LUTTE DES CLASSES PENDANT LA REVOLUTION FRANÇAISE (1re partie 1789) avec Sandra, auteure de la brochure Révolution bourgeoise et luttes des classes en France, 1789-1799. 1re partie: de la crise de l’Ancien Régime à la chute de la monarchie (octobre 2014) ban_emission_revolution_francaise_classe

Le XVIIIe siècle est marqué dans une large partie de l’Europe occidentale par l’enrichissement et la montée en puissance de la bourgeoisie, et le début d’un processus de mutation dans le mode de production qui va amener à la première révolution industrielle. En France, la bourgeoisie développe à certains endroits une production manufacturière et de nouvelles formes de travail mais se heurte aux structures socio-économiques de l’Ancien Régime reposant essentiellement sur la réglementation, et à la noblesse, ordre privilégiée et classe dominante de la société. Celle-ci voit ses revenus baisser face à la montée des prix, mais surtout ne réinvestit pas ou très peu sa richesse issue essentiellement de l’exploitation de la terre. Afin de conserver son prestige lié à son rang, elle se réfugie dans une attitude réactionnaire. Refusant tout changement, notamment les projets de réformes fiscales mais vains de la monarchie, elle exaspère le conflit de classe avec la bourgeoisie qui espère des réformes : égalité juridique, libertés individuelles, système politique fondé sur la séparation des pouvoirs, libertés économiques et unification du marché national. Par ailleurs, la noblesse s’attire de plus en plus dans les campagnes l’hostilité des paysans, nombreux à voir leurs conditions de vie se dégrader et qui espèrent la fin du système seigneurial.

Aux tensions entre bourgeois et nobles, entre nobles et paysans, mais aussi entre bourgeois et travailleurs dans les quelques pôles manufacturiers existants, se greffe une crise économique généralisée. Les mauvaises récoltes en 1787-1788 entraînent une forte montée des prix qui fragilise les conditions d’existence des travailleurs. Leurs revenus en grande partie accaparés par l’achat de denrées alimentaires, ne leur permettent plus d’acheter des produits manufacturés, la crise touche alors le secteur industriel naissant, ce qui entraîne un chômage important. Cette situation engendre un climat d’émeutes généralisé dans toute la France, au moment où la monarchie, en proie à une grave crise de surendettement, propose une solution ultime afin de résoudre celle-ci: la convocation des Etats Généraux. Cette réunion qui débute le 5 mai 1789 ne satisfait aucunement le désir de réformes des députés bourgeois. Disposant seulement de l’appui des travailleurs urbains et ruraux, tout autant opposés à la noblesse, ils réussissent le 17 juin 1789 un coup de force en se proclamant Assemblée nationale.

La monarchie se révèle impuissante à réprimer le processus révolutionnaire en marche. La bourgeoisie proclame que ses intérêts sont universels, notamment par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (août 1789), et s’empare dans tout le pays des pouvoirs locaux. Dans le même temps, en organisant une force armée, la Garde nationale, et par la loi martiale qui permet de réprimer toute réunion en place publique, elle tente de contenir les luttes des travailleurs qui aspirent à de meilleures conditions de vie. Dans les campagnes, dès l’été 1789, les paysans veulent en finir avec l’exploitation et le pouvoir des seigneurs nobles qui durent depuis des siècles et incendient les châteaux. La question de l’accès aux subsistances, dans une situation économique difficile, devient encore plus pressante et contribue à amplifier les luttes par des actions de taxation sur les denrées de première nécessité, des pillages et des grèves pour obtenir des augmentations de salaire.

Les faits montrent comment les travailleurs urbains et ruraux ont mené des luttes autonomes pour un monde meilleur dépassant ainsi le contenu bourgeois de la Révolution, et forgeant des expériences pour les combats à venir. Cette approche de la période révolutionnaire française entend rappeler que la lutte des classes n’est pas un concept construit de toute pièce. Aujourd’hui, face aux ravages du capitalisme, qui puise ses racines dans ce moment-charnière que constitue la fin du XVIIIe siècle, les prolétaires d’ici et d’ailleurs ne peuvent rien attendre d’un réformisme qui n’en finit pas de nous resservir les mêmes recettes miracles pour « humaniser » ce système.

 

1789-1799 : Révolution bourgeoise et luttes de classes en France : interview

Entretien avec Sandra C. autour de la brochure Révolution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799 (1ère partie)paris1789-10

DDT21: La Révolution française a eu lieu il y a plus de 200 ans : en quoi importe-elle pour nous en ce début de XXIème siècle ?

Sandra C: La Révolution française se situe dans une période durant laquelle se mettent en place les structures économiques, sociales et politiques que nous connaissons aujourd’hui. La fin du XVIIIe siècle voit en effet l’émergence du mode de production capitaliste en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, avec l’amorce de la révolution industrielle. La montée en puissance de la bourgeoisie est associée à cette mutation économique. Elle revendique la liberté d’entreprendre, l’égalité des droits et les libertés individuelles. Au moment de la Révolution, elle contribue à la mise en place de l’Etat-nation et d’un nouveau type de gouvernement basé sur la représentation nationale, comme cela s’est fait un peu avant aux États-Unis, allant jusqu’à l’instauration de la République et de la démocratie en 1792.

retrouvez la suite de cette interview sur le site http://ddt21.noblogs.org

Pourquoi parler de la Révolution française aujourd’hui?

Ce texte est le premier chapitre de la brochure publié en octobre 2014, Révolution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799.

Emergence du capitalisme et ascension de la bourgeoisie

La période qui s’étend de la fin du XVIIIe siècle au début du XIXe siècle constitue un tournant majeur dans l’histoire avec l’instauration du mode de production capitaliste et l’avènement de la bourgeoisie. Le capitalisme jusqu’alors commercial puise ses origines aux XIVe et XVe siècles, en Italie et aux Pays-Bas, et se développe à partir du XVIe siècle. En effet, la découverte puis la main mise sur les Amériques et leurs richesses, la traite des populations d’Afrique de l’Ouest, et dans une certaine mesure l’expropriation d’une partie de la paysannerie européenne, anglaise surtout, permettant la constitution d’un prolétariat, amènent en Europe occidentale une accumulation initiale de capitaux indispensable à l’industrialisation. Aussi la montée de la bourgeoisie liée à cette expansion économique donne les possibilités d’un développement scientifique, technique et de la pensée rationnelle qui au XVIIIe siècle jettent les bases de la révolution industrielle. Celle-ci est à l’origine d’une rupture historique de grande envergure qui va entraîner, surtout au siècle suivant, le développement sans commune mesure avec ce qu’on a connu auparavant des moyens de production, concentrés dans les mains de la bourgeoisie, et du salariat.
Avant 1789, les fortes tensions sociales et les changements en cours dans les structures économiques et sociales qui affectent l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord engendrent des mouvements révolutionnaires aux États-Unis, en Irlande, en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Angleterre. En effet, sur le plan international, l’Atlantique est devenu un lieu d’intenses échanges commerciaux et humains, assurant non seulement un immense essor des façades maritimes, mais aussi le dynamisme économique et la transformation sociale des pays riverains. Ce développement économique va faire éclater les anciens cadres sociaux et politiques. La fin du XVIIIe siècle est donc une période charnière : le conflit latent entre l’ordre ancien et la bourgeoisie ne peut se régler dans le cadre des régimes politiques en place, sauf bien sûr là où triomphe déjà une bourgeoisie organisée, comme en Angleterre qui connaît depuis les années 1770 sa première révolution industrielle. Continue reading Pourquoi parler de la Révolution française aujourd’hui?

Parution de la brochure Révolution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799 (1ère partie)

La Révolution françaiseL’histoire grand public montre la Révolution française comme un moment de violence extrême et aveugle exercé par les classes populaires manipulées par des leaders révolutionnaires, tout en focalisant sur l’épisode fatidique de la Terreur vue comme une dérive regrettable. Loin de ces clichés servant des intérêts de classe, les faits montrent comment les travailleurs urbains et ruraux ont mené des luttes autonomes pour un monde meilleur dépassant ainsi le contenu bourgeois de la Révolution, et forgeant des expériences pour les combats à venir.
Cette approche de la période révolutionnaire française entend rappeler que la lutte des classes n’est pas un concept construit de toute pièce. Aujourd’hui, face aux ravages du capitalisme, qui puise ses racines dans ce moment-charnière que constitue la fin du XVIIIe siècle, les prolétaires d’ici et d’ailleurs ne peuvent rien attendre d’un réformisme qui n’en finit pas de nous resservir les mêmes recettes miracles pour « humaniser » ce système.

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La Révolution française selon Eric Hazan

Dans Une Histoire de la Révolution française, paru en 2012, aux éditions de La Fabrique, Eric Hazan propose une autre lecture de la fin de l’Ancien Régime et de la Révolution française. Il donne une vision positive aux luttes des masses laborieuses dans le processus révolutionnaire, cependant au moins trois points posent problème et montrent les limites de son analyse. Hazan postule d’abord qu’il n’y a pas de classes sociales dans la société française à la veille de la Révolution. Ensuite, selon lui, les conflits sociaux et les luttes entre les différentes tendances politiques ne sont pas le fruit de la lutte des classes. L’autre élément critiquable est le caractère radical qu’il prête aux dirigeants montagnards tout en niant leur appartenance de classe. Alors qu’ils constituent l’aile gauche de la bourgeoisie, ces derniers se retrouvent à la tête du gouvernement révolutionnaire, en 1793 et 1794, au moment de la phase la plus radicale de la Révolution. Continue reading La Révolution française selon Eric Hazan